C'est vrai. J'aurai pu raconter mes vacances m'a dit Clou.
J'aurai pu vous dire combien je les ai aimé tout en les détestant. Combien je les ai aimé en me disant que c'était pas normal de continuer à sourire quand j'étais triste..
C'est pas comme si c'était arrivé d'un coup, c'est pas comme si on ne s'y attendait pas. Mais quand même. Je redoutais sans arrêt le coup de fil en pleine nuit, je redoutais d'appeler ma mamie, de sentir sa tristesse. Alors oui, depuis quelques temps déjà, on ne faisait plus seulement deux bisous à papi mais bien quatre pour lui dire aurevoir, pour lui montrer combien on l'aimait même si on était loin. Et on était triste sans le dire de ne plus le voir venir agiter le bras avec mamie quand on repartait en voiture. On était triste de savoir qu'il pleurait parce qu'il sentait bien qu'il n'avait plus la même pêche qu'avant, qu'il passait son temps à dormir..
Et maintenant, parfois, on a beau se dire que c'est la vie, que ca arrive forcément et que peut-être que c'est mieux que de trop souffrir, que l'ordre des choses a été respecté: on est triste.
Bien sûr qu'on est triste.
"Il arrive que des gens qu'on aime meurent. Là, c'est horrible, une douleur sans fond. Alors on laisse le temps passer en espèrant que le vide se comble. Mais il nous reste toujours un trou dans le ventre. On appelle ca l'absence." [ Manu LArcenet- On fera avec ]
Alors je suis partie en Croatie avec un gros trou dans le ventre.
Mais on a rit, on s'est reposé, on a bu mais pas de l'eau du robinet, on s'est baigné, on a glissé, on est tombé, on a eu mal, on a vomi, on a été malade, on a mangé avec des guêpes autour de nous, on a acheté des glaces, de la RedBull, on s'est levé tôt, on a été en retard, on s'est escusé, on a joué avec ce qu'on a trouvé, on s'est balladé, on a marché jusqu'au truc rouge, on a dormi par terre, on a lu des histoires, on a mangé des pizzas, et des pâtes, on a gagné au loto bingo, on a pleuré d'être triste et touchée, on a visité, on a chanté, on a dansé avec les petits, on a encouragé les miss, on a vu les chemises tomber, on a regardé une vue calme et apaisante, on a fait des rencontres, on a dansé, on a eu peur de l'avion, on a attendu, on s'est isolé, et on était ensemble. Surtout.
Avant de sentir le grand trou, j'étais partie à Alencon. J'avais rejoins les filles en camp pour une semaine. Et on a rit, on a pas beaucoup dormi mais on a rit, on a marché dans la boue, on est tombé, on s'est relevé, on a essayé de faire du feu, parfois on a réussi. Parfois pas trop. On a parlé avec des expressions bizarres qu'on comprend pas toujours, on a écouté la fiesta, on a dansé, on a discuté, on a joué, on a eu peur, on a vu le feu d'artifice, on a été des votres. On a été ensemble.
Après le calme, et avec toujours la grand trou dans la ventre, je suis allée dans le lot voir papa et maman. Et on a rit, on a pas mal dormi, on a fait à manger, on a peinturé, on a lu, on s'est couché dans le hamac, on a mangé des noisettes, on est allé au marché, chez leclerc aussi, on a écouté France Inter, on a parlé des parisiens et des pâtes fraiches avec mon tonton Michel, on s'est moqué, gentiment, on est sorti, on est allé au théâtre, on a roulé en voiture, on a joué au ping-pong, et aux cartes. On n'était pas bien nombreux, mais on était bien ensemble.
Avec l'absence, on est parti en Espagne. Et on a rit, on a joué, on a ralé, on a été content, on s'est engueulé, on s'est réconcilié, on a regardé la télé, on est allé à la piscine, on s'est baigné dans la mer, on s'est enterré dans le sable, on a fait des scultures, et des crêpes délicieuses, on a pas vu le temps passer, on est allé faire de la bouée et du tobaggan, on a fait de la rosalie, des courses, on a mangé à l'heure du gouter, on a appris des choses sur notre morphologie, ca nous a fait rire, on s'est balladé, on a vu le parc Guell, on eu froid, et parfois chaud, on a eu des coups de soleil, on a dansé. Et on était ensemble.
Et puis, comme ca avait été promis, on s'est rapproché du gros trou. On a vu Mamie, on est allé à la mer pour se changer les idées, on a joué au nain jaune, on a rit, on n'a pas osé s'assoir dans le "fauteuil de papi", on a cherché son odeur dans la maison, on a regardé ses affaires discrêtement dans le placard, on a voulu que mamie aille bien, on a ramassé des prunes, on a fait à manger, on a fait la vaisselle, on a été triste en cachette, on a pique-niqué, on a fait des courses, on a acheté du pain bien cuit pour mamie, on a mangé des crêpes, et des tomates farcies délicieuses, on a fait un barbecue, on a dormi, on a regardé la télé un peu, on a vu tomber la pluie.
Et on est rentré, après avoir été ensemble.
Et en sachant qu'on le serait encore de nouveau.
Même si on continue parfois à se sentir seul.